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Deux frères dans la Grande Guerre !

Ici, nous nous sommes intéressés aux parcours, pendant la Grande Guerre, de deux frères, à partir de leurs registres matricules. Loin d’une histoire semblable à celle d’un film hollywoodien, il n’en demeure pas moins saisissant de penser à la vie difficile de cette famille pendant la durée la Première Guerre mondiale. En effet, cela a dû être un lourd fardeau à porter tant pour leurs parents, dans le Gard, que pour eux sur le front. Avant d’évoquer les destins de ces deux frères dans la Grande Guerre, nous allons vous expliquer pourquoi nous les avons choisi parmi des millions de combattants.

Au moment de décider le thème à traiter dans ce premier article de recherche, nous avons rapidement décidé que nous aborderions l’histoire d’un soldat au cours du premier conflit mondial. Il est intéressant de se pencher sur l’étude d’un registre matricule. En effet, pour retracer l’histoire d’un poilu puisque celui-ci renferme de nombreuses informations. De plus, nous avions aussi la volonté de parler de personnes proches de nous.

Les registres matricules sont les fiches qui étaient remplies à la conscription des soldats. Sur celui-ci y figure de nombreux éléments. Par exemple, nous pouvons y retrouver l’état civil de l’individu, l’ensemble de ses états de services, ses différentes blessures et/ou distinctions ou encore les différentes adresses occupées durant le service.

Ainsi, nous avons décidé d’aborder l’histoire de deux individus originaires de Beaucaire, dans le Gard, d’où nous venons. La situation des frères Viala nous a, alors, semblé être intéressante à étudier. Leurs registres matricules nous ont confortés dans cette voie.

Enfance et conscription

Henri Jules Marie Abel VIALA né le 9 novembre 1885, à Molières, dans le Canton du Vigan.

Acte de Naissance de Henri VIALA (Source : Archives Départementales du Gard, 5 E 6283, p 140-230).

Son frère, Paul Fernand VIALA né le 7 juin 1892, à Beaucaire, dans le Gard.

Acte de Naissance de Paul VIALA (Source : Archives Départementales du Gard, 5 E 6592, p 85-173).

Ils sont les fils de Henri Germain VIALA et Marthe MARTIN, tous deux instituteurs. La fratrie Viala s’installe à Beaucaire peu après la naissance de Henri, au numéro 58 de la Rue Nationale. Les deux enfants grandissent dans la commune jusqu’à leurs conscriptions.

Henri est de la classe 1905, numéro de matricule 275. Toutefois, il incorpore l’école Polytechnique, le 3 octobre 1904, en tant qu’engagé volontaire pour trois ans et y porte le numéro de matricule 1344. Du fait de son engagement à Polytechnique, il est rattaché à la classe 1903. Il intègre le 3 ème régiment d’artillerie, de Carcassonne en tant que sous-lieutenant le 6 août 1906. Henri est nommé lieutenant le 1 er octobre 1908.

Paul est de la classe 1912, numéro de matricule 472. À l’instar de son frère, il est admis à l’école polytechnique le 17 septembre 1912, avec le numéro matricule 1043. Il est, aussi par son admission à l’X, rattaché à la classe 1911. Le 28 mai 1913, il contracte un engagement spécial pour une durée de quatre ans. Il est nommé sous-lieutenant le 10 août 1914 et est affecté au 2 ème régiment d’Artillerie, de Grenoble.

Les deux frères et la Grande Guerre

Les registres matricules des frères Viala nous renseignent précisément sur leurs actions pendant la Première Guerre mondiale.

Le parcours d’Henri Viala

Henri Viala est promu capitaine le 25 décembre 1914. Il dirige plusieurs groupes au sein de l’artillerie. Mais il s’illustre particulièrement à de nombreuses reprises au cours de la guerre ce qui lui vaut différentes distinctions. Il est cité, une première fois, à l’ordre de l’Artillerie Lourde le 5 avril 1916 : Officier d’une valeur exceptionnelle qui a commandé son groupes aux heures les dures sur la rive gauche de la Meuse et par son courage, son activité et son énergie obtenu un rendement remarquable de son personnel. Il est alors au 116 ème Régiment d’Artillerie Lourde.

Engagé par la suite au 120 ème RAL, il s’illustre encore ce qui lui vaut plusieurs citations à l’ordre de la Brigade et de l’Armée. En effet, Henri doit ces distinctions à son engagement sur le front entre le 18 et le 22 juillet 1918 : sous le commandement du capitaine Viala, a très efficacement appuyé l’attaque heureuse de sa division. A cette occasion il a montré à la fois sa haute valeur technique dans les exécutions des tirs, son aptitude à la manœuvre ainsi que les plus belles qualités morales d’énergie, d’endurance, de discipline et de sang froid.

Henri Viala est récompensé par différentes décorations, Pour son engagement et son dévouement au cours de la Première Guerre mondiale . Il obtient la Croix de Guerre mais est surtout chevalier de la Légion d’Honneur le 6 juillet 1919. Il est intéressant de noter la description succincte faite dans le Journal Officiel de la République suite à l’attribution de la Légion d’Honneur.

Nomination de Henri Viala au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur dans le Journal Officiel du 13 Juillet 1919.

Paul Viala, la guerre dans la peau

Paul est affecté des le début de la guerre au 57 Régiment d’Artillerie de Campagne où il resta. Il est d’ailleurs promu lieutenant le 24 Juin 1916. Il s’illustre de nombreuses fois au cours de celle-ci : Exemple constant de courage et d’abnégation pour la batterie qu’il commande.

Insigne régimentaire du 57 e RAC

 À la fin du mois de juillet, le 3 ème groupe du 57 ème RAC renforce la 70 ème Division d’Infanterie et s’installe dans la forêt de Laigue. Cette dernière se situe dans les Hauts de France en bordure de l’Aisne. Le groupe vit dans des conditions primaires dans la forêt à la portée de tirs de harcèlement récurrents. Après plusieurs mouvements, le régiment parvient à s’installer dans une dépression, à l’ouest de Moulin-sous-Touvent. Le but est de mener une attaque sur l’ensemble, pour conquérir l’Oise et le canal de l’Ailette.

L’attaque est lancée le 17 août au matin. Dans la soirée, le ravitaillement en munitions du 3e groupe est pris sous le feu de l’artillerie ennemie. Le lieutenant Viala, commandant la 9e batterie, est très grièvement blessé à la tête. En effet, il est noté sur son registre matricule une plaie pénétrante de la région temporale droite par éclats d’obus. Cette blessure lui laissa des séquelles auditifs et visuels irréversibles.

Toutefois, c’est au cours de cette attaque qu’il s’illustre à nouveau. En témoigne la citation ci-dessous qui lui vaut la Légion d’Honneur ainsi que la Croix de Guerre avec palme et étoile en or :

Très brillant officier a su par sa science et son entrain faire de sa batterie une unité de tout premier ordre. Très grièvement blessé à son poste le 17-8-18 en assurant avec un calme parfait le ravitaillement de sa batterie sous un vif bombardement ennemi.

Survivre à la Grande Guerre, une chance pour les deux frères Viala !

 À l’issue de la guerre, Henri et Paul ont deux parcours différents qui les éloignent des fronts du Nord de la France.

Le major Henri Jules Marie Abel Viala est affecté, à l’été 1919, au sein de la mission française en Tchécoslovaquie. Il y resta en poste jusqu’en juin 1922. Henri meurt le 19 février 1969 à Paris 5è après une carrière au sein de l’artillerie, il était colonel.

Malgré sa blessure, Paul Fernand Viala est maintenu dans l’artillerie. Il est, notamment, affecté à l’inspection des pièces d’artillerie. Le 24 mai 1922, il est promu capitaine par décret. Plusieurs fois proposé pour la retraite suite aux séquelles irréversibles laissés par sa blessure de l’été 1917, Paul est finalement radié des contrôles et admis à la retraite le 1 août 1927. Il meurt le 22 août 1972 à Paris 5è.

Deux frères dans la Grande Guerre – Registre matricule Henri Viala Source : AD 30, 1 R 934.
Deux frères dans la Grande Guerre – Registre matricule Paul Viala Source : AD 30, 1 R 1007.

Les registres matricules nous ont révélé beaucoup concernant le parcours des deux frères pendant la Grande Guerre. Ils nous permettent surtout d’avoir un regard sur leurs activités tout au long du conflit. Engagés tout deux dans l’artillerie, arme essentielle de cette Première Guerre mondiale, les frères Viala ont honoré leurs engagements sous les drapeaux jusqu’au bout et au-delà.

Quelle utilité en généalogie ?

 À travers cet article, nous voulions, aussi, mettre en avant une archive essentielle en généalogie. En effet, l’étude des registres matricules est essentielle lorsque nous menons des recherches.

En généalogie successorale, il nous permet d’obtenir des éléments d’état civil, que nous ne connaitrions pas mais aussi les différentes adresses que le soldat a déclaré durant ses années de services. Globalement, ils peuvent apporter des éléments nouveaux susceptibles de faire avancer les recherches.

En généalogie familiale, le registre matricule est essentiel puisqu’il s’agit d’une source qui synthétise plusieurs années de la vie d’un individu. Il s’agit donc d’un support non négligeable lorsque l’on travaille sur un individu en particulier ou lorsqu’on retrace l’histoire d’une famille.


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